africanianews@gmail.com Tuesday - Oct 17, 2017

Burundi: Quand l’ethnicisation s’érige en mode de gouvernement


Il y a une semaine, le porte-parole de l’armée Gaspard BARATUZA déclarait sans scrupule que« les jeunes Tutsi n’avaient pas déposé leurs candidatures pour être enrôlé au sein des corps de défense et de sécurité». Pire encore, il expliquait cette situation par un manque d’enthousiasme de leur part. Le ridicule ne pas! diraient les Français. Il est impensable ou plutôt paradoxale qu’un ex FAB qui plus est Hutu ait le culot de narguer les gens à ce point ignorant ainsi son propre passé et le passé récent de ce corps. Dans l’espoir qu’il aura le courage de nous lire, nous voudrions lui rappeler qu’à son époque, des jeunes Hutu comme lui avaient du mal à accéder à la seule et prestigieuse institut des cadres militaires burundais, ISCAM. Etait-ce par manque d’enthousiasme ou d’aptitude comme il le dit aujourd’hui? Et si c’était le cas par hasard, quelle explication donnerait-il au changement observé dans ces corps depuis la signature de l’Accord d’ Arusha par rapport aux effectifs des Hutu? Mais nous ne doutons pas que le colonel Baratuza et tous ceux qui tiennent ce langage aussi dégoûtant que malsain savent la réalité. Disons-le sans détour, autant des jeunes Hutu ne pouvaient intégrer l’armée au lendemain de l’hécatombe de 1972, autant des jeunes Tutsi ne pourront pas intégrer la FDN avec les purges ethniques en cours. Même après 1972, des Hutu n’étaient pas enrôlés à l’armée à cause d’une situation similaire à celle d’aujourd’hui: une politique d’exclusion, des gouvernements qui avaient érigé l’ethnicisation en mode de gestion de l’affaire de l’État,… Voilà ce que fait le pouvoir Nkurunziza et ses acolytes. Depuis que Nkurunziza a violé la Constitution et l’Accord d’Arusha en effet, beaucoup de militaires ex FAB ont été sauvagement tués qui par le SNR qui par des Imbonerakure au vue et au su du haut commandement de la FDN. D’autres sont illégalement détenus à la prison centrale de Mpimba ou dans des cachots clandestins éparpillés sur tout le territoire national. Des centaines de retraités ex FAB sont régulièrement traqués et tués dans leurs ménages à l’intérieur du pays. A travers sa déclaration, le porte-parole de l’Armée ignore qu’il s’adresse à des fils et des filles de ces retraités, des cousins ou voisins de tous ces ex FAB victimes du maudit mandat de Nkurunziza. En d’autres mots, il «remue le couteau dans une plaie encore béante», et l’histoire ne le lui pardonnera pas, quoi qu’il arrive!

Force est de constater hélas que ce qui arrive aujourd’hui s’inscrit dans une politique de diviser pour régner “divide ad impera”, qui a toujours guidé Nkurunziza et sa clique. Tout au début, leur cible privilégiée était les partis politiques de l’opposition à travers ce que beaucoup ont appelé “La nyakurisation”. Du Frodebu à l’Uprona en passant par le FNL, tous les partis politiques qui auraient  pu peser de leur poids pour empêcher Nkurunziza de mener le pays vers l’abîme ont été détruits par le tristement célèbre ministre de l’Intérieur Edouard Nduwimana. Après les partis politiques, c’était le tour des syndicats et autres organisations de la société civile. Qui ne se rappelle pas en effet des tentatives de suspension du FORSC, de l’OLUCOM, de l’APRODH,….Des syndicats et organisations satellites ont vu le jour en cascade mais aucune d’entre elles n’a fait long feu faute de vision. Des médias Nyakuri, financés par le CNDD-FDD ont aussi vu le jour dans le seul et unique objectif de torpiller l’œuvre louable des radios RPA, Isanganiro et Bonesha plus écoutées et plus appréciées par les auditeurs de par la qualité de leurs productions. En réalité, l’épuration ethnique observée ces derniers temps dans les corps de défense et de sécurité n’est que la poursuite d’un plan malsain qui à se  débarrasser de toute personne ou toute organisation susceptible de barrer la route à Nkurunziza et sa clique dans leur projet de régner indéfiniment sur un peuple soumis et muselé. Selon Gélase Ndabirabe et d’autres radicaux au tour de Nkurunziza, il s’agit de parachever une révolution jusqu’ici inachevée à cause de l’Accord d’Arusha. Le recensement ethnique en cours dans tous les secteurs s’inscrit dans cette optique. Certes la Constitution dispose que le Sénat a entre autre missions de veiller au respect des équilibres ethniques dans les différentes institutions du pays mais cela reste limité au seul domaine politique et sécuritaire. Pourtant, nous apprenons que des fiches d’identification circulent dans les écoles primaires et secondaire, dans les secteurs privés et para étatiques comme les banques, les sociétés d’assurance,…sachant qu’au niveau des magistrats la sale besogne a déjà été réalisée par l’ancien ministre Pascal Barandagiye longtemps avant le mot d’ordre actuel. D’aucuns savent pourtant que les secteurs apolitiques ou techniques avaient toujours été épargnés par ce genre de recensement au risque de faire la promotion des ethnies à la place des compétences techniques. Mais cela n’a jamais plu aux tout puissants généraux qui s’en plaignaient au quotidien dans leurs salons ou club de “réflexion”. Aujourd’hui, ils se sont trouvé un porte-parole officieux qui dit haut ce qu’ils pensent et prêchent tout bas: Pasteur Habimana, ancien porte-parole du FNL Rwasa. Celui-ci joue le jeu de ces irréductibles en dénonçant partout où il passe l’Accord d’Arusha et la Constitution qui en est issue alors qu’il y a lui-même souscrit à travers l’Accord de cessez-le-feu. C’était à Dar Es Salam. Personne ne devrait s’étonner de voir cette politique élargie demain vers les écoles primaires et secondaire ainsi que l’Université du Burundi, histoire d’imiter l’ancien système rwandais de Juvénal Havyarimana avec ce qu’il préconisait comme “solution finale”.

sindimwoAux dernières nouvelles, Gaston Sindimwo et d’autres garçons de course de Nkurunziza qui se  targuent d’être des “Upronistes” ou encore des “Tutsi biyemera” seraient en train de sillonner le pays pour convaincre les jeunes Tutsi à “dépasser” leurs peurs et se faire enrôler, oubliant sciemment ou pas que tout a été préalablement pensé et préparé par le CNDD-FDD au point que des listes des Imbonerakure ont déjà été apprêtées pour remplir les quotas habituellement réservés aux Tutsi en se faisant passer pour des Tutsi au niveau de l’enregistrement dans leurs communes et provinces d’origine. Cette pratique n’est pas nouvelle au CNDD-FDD: au cours des législatives de 2005 en effet, une femme Hutu et musulmane de religion, originaire de Rumonge a été élue comme sénateur Tutsi à Kayanza sur ordre du tout-puissant patron du CNDD-FDD de l’époque. Le pauvre Gaston Sindimwo et ses complices semblent ignorer que si Nkurunziza en arrive là c’est en grande partie à cause de leur complicité due à leur cupidité qui finira par les perdre. Bientôt en effet, un nouveau projet de Constitution qui met fin à ce qui reste d’Arusha sera soumis à l’Assemblée Nationale. Outre la disposition relative à la limitation des mandats qui sera révisée, il est aussi prévu   une autre qui permettra au président de la République de choisir son premier vice-président indépendamment des appartenances politiques. Et ce n’est pas le fils de Sindano qui hésitera à contresigner ce projet. Mais cette fois-ci, lui et ses complices  auront signé leur propre mort politique. Sans doute que viendra ensuite le tour de la hiérarchie militaire ex FAB qui observe passivement les humiliations quotidiennes dont font objet leurs subalternes. Ainsi, le célèbre poème du théologien allemand  Martin Niemöller aura tout son sens:

Quand ils sont venus chercher les communistes,
Je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les juifs,
Je n’ai pas protesté, je n’étais pas juif.

Quand ils sont venus chercher les catholiques,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas catholique.

Puis, ils sont venus me chercher.
Et il ne restait personne pour protester.

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