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Partie 4 : Tumultes au sein du CNDD-FDD – Des cadres brisent le silence


La Rédaction de Girijambo.info, 28|08|2016. Après l’échec de révision de la Constitution, d’aucuns parmi les BAGUMYABANGA (membres du CNDD-FDD) croyaient que la course pour le 3ème mandat était finie. Mais hélas NKURUNZIZA, têtu comme une mule n’avait pas encore désarmé. Sans surprise, le climat devient malsain chez les Bagumyabanga. L’honorable Richard Nimbesha nous fait ici quelques révélations:

“En 2013, j’ai réuni MANIRAKIZA Anatole, NTAHONDUHUKIYE Ferdinand et NTAHOMENYEREYE Salvator (alias RUKUCA). Nous avons analysé ensemble les maux qui minaient le Parti et avons trouvé succinctement les maux suivants: corruption érigée comme mode de gouvernement, instrumentalisation de la justice et de la jeunesse IMBONERAKURE, installation d’un messianisme pour endormir le peuple, etc… Nous avons alors rédigé un document et nous nous sommes fait compléter par les BAGUMYABANGA RUHOTORA Papien et HATUNGIMANA Léonidas. Nous voulions le transmettre au Président du Conseil de Sages et au Président du Parti afin de permettre la convocation d’un Congrès extraordinaire qui aurait le mérite de sanctionner  par au moins une mise en quarantaine des responsables de cette situation. En Janvier 2014, le Président du Parti a accordé une audience à seulement deux d’entre nous pour nous écouter. Le 04 Février 2014, HATUNGIMANA Léonidas, alors porte-parole du Président de la République, et moi-même avons été convoqués au Service National de Renseignement (SNR) par un groupe de généraux qui voulait savoir l’auteur exact de ce document. Le SNR voulait nous coller le crime d’atteinte à la sureté intérieure de l’Etat. Ce groupe de généraux était composé par les généraux suivants: NSHIMIRIMANA Adolphe, BUNYONI A. Guillaume, NDIRAKOBUCA Gervais, NDAYISHIMIYE Evariste et NABINDIKA Guillaume. Ce dernier était soupçonné par les autres d’être l’instigateur de l’affaire. En Juin 2014, la représentation provinciale du CNDD-FDD à BUBANZA, soutenue par l’honorable NSESEMA Pascal me convoqua et me mit en garde contre cette idée en me répétant que pour le Parti, le candidat présidentiel pour les élections de 2015 était bel et bien NKURUNZIZA Pierre. Au début du mois de janvier 2015, j’ai brisé le silence en annonçant publiquement ma position contre ce maudit mandat.”

En date du 07 Septembre 2013, NYABENDA Pascal, président du CNDD-FDD, au stade de GATUMBA, lors des cérémonies de la célébration du 3ème anniversaire de la victoire de ce Parti aux élections de 2010, avait lancé le ballon d’essai en disant que le Président de la République était à son 1er mandat vu que son élection de 2005 était faite par le parlement (suffrage indirect), et donc qu’il était à même de se représenter. Cette fois-ci, le 11 Mars 2015, le ton est donné aux ondes de la BBC (British Broad Casting Coorporation) disant que les BAGUMYABANGA jurent ne pas se présenter aux urnes si NKURUNZIZA Pierre n’est pas candidat. La déclaration soulève un tollé général. Onésime NDUWIMANA, alors porte-parole du Parti nous parle de la suite :

Onésime Nduwimana, un homme de principes et d’action. D’aucuns se souviendront de sa célèbre phrase "Ururimi rwamunyereranye " ou sa langue a glissé. pour dire que Nyabenda Pascal avait outrepassé ce que les cadres opposés au 3ème mandat, dont ce même Nyabenda, s’étaient convenus de tout faire pour empêcher Nkurunziza de briguer un 3ème mandat illégal

Onésime Nduwimana, un homme de principes et d’action. D’aucuns se souviendront de sa célèbre phrase “Ururimi rwamunyereranye ” ou sa langue a glissé. pour dire que Nyabenda Pascal avait outrepassé ce que les cadres opposés au 3ème mandat, dont ce même Nyabenda, s’étaient convenus de tout faire pour empêcher Nkurunziza de briguer un 3ème mandat illégal

“Au lendemain de cette communication, NYABENDA m’appelle pour voir ensemble comment rectifier le tir de cette communication. Dans un climat de confiance notoire, je suis au volant, lui à mes côtés, sa garde et son personnel de protocole dans la jeep qui suit derrière. Nous préférons aller dans la salle de la commission politique à l’Assemblée Nationale. Sur son invitation, le Dr MINANI Jean nous y rejoint pour nous aider dans cette affaire. Tellement NYABENDA regrettait d’avoir obtempéré à l’injonction de NKURUNZIZA de communiquer ainsi et déplorait la façon de faire du Président et la clique des généraux qui prennent des options extrêmes sans jamais penser au plan B. Nous nous entendons sur une communication qui doit montrer que, pour le cas présent, seul le Congrès du CNDD-FDD avait les prérogatives de désigner un candidat MUGUMYABANGA parmi une multitude d’hommes et de femmes capables dont regorge le Parti. Aussitôt NYABENDA Pascal instruit BUTOYI Evelyne, alors Commissaire Général du Parti en charge de la communication, de convoquer une conférence de presse de tous les médias présents au Burundi. Cela fut vite fait le lendemain, donc le 13 Mars 2015 et elle y participera. Le message est donné comme convenu. “

A la présidence de la République, le climat est aussi tendu: Augustin Nsanze conseille à NKURUNZIZA de ne pas se faire élire mais celui-ci refuse de l’écouter. En conséquence il lui refuse de participer à une audience avec une délégation des Nations Unies. Visiblement l’homme est déterminé à aller jusqu’au bout de son ambition malheureuse. Léonidas HATUNGIMANA suivait de près la situation:

Augustin Nsanze, un ex-patron de la diplomatie burundaise et ancien conseiller de Pierre Nkurunziza. Il fait partie des gens qui ont dissuadé vainement Nkurunziza à briguer ce 3ème mandat aussi illégal que meurtrier.

Augustin Nsanze, un ex-patron de la diplomatie burundaise et ancien conseiller de Pierre Nkurunziza. Il fait partie des gens qui ont dissuadé vainement Nkurunziza à briguer ce 3ème mandat aussi illégal que meurtrier.

“Le vendredi 13 mars 2015, le Conseil de sécurité des Nations Unies est en visite à Bujumbura pour tenter de conseiller le Président NKURUNZIZA Pierre afin d’éviter de conduire le pays vers la dérive par ce fameux 3ème mandat. Dans la matinée, le président de la République venait de lire une note lui envoyée par son Conseiller Principal aux affaires politiques et diplomatiques, l’ambassadeur NSANZE Augustin, lui montrant les conséquences néfastes s’il se faisait réélire et le gêne qu’il aurait devant cette délégation onusienne. Quelques 5 minutes avant la rencontre de cette délégation avec le Président de la République, le Chef adjoint du protocole d’Etat NASASAGARE Albert vient au bureau du Porte-parole du président pour annoncer à Augustin NSANZE qui était là, qu’il ne devait pas aller à la rencontre. Les raisons avancées: les places étaient limitées et ils avaient privilégié le Service de la Communication. Mais à vrai dire, la vraie raison fut cette note qui n’avait pas plu au Président de la République. A tour de rôle, les membres du Conseil de Sécurité ont montré leurs inquiétudes sur les conséquences de la décision unilatérale de son 3ème mandat si elle venait d’être prise. Le Conseil de Sécurité prodigua des conseils au Gouvernement de penser à un espace pour tous les partis et acteurs politiques afin d’instaurer un climat de liberté et d’ouverture propice à la tenue d’élections saines et crédibles.”

Réunion du Conseil des Sages: la peur de la vérité et une fuite en avant dans un semblant de prière. En date du 14 mars 2015, une réunion des membres du Conseil de Sages est convoquée et la question du 3ème mandat y est discutée. Gervais RUFYIKIRI, alors Secrétaire de ce Conseil nous décrit le déroulement :

“La journée de cette date, Pascal NYABENDA invite certains membres du Conseil de Sages à une rencontre préparatoire. De 11h à 13h, au bureau du Président du Parti à la permanence nationale, NTAVYOHANYUMA Pie, NTISEZERANA Gabriel, Pascal NYABENDA et moi-même faisons la réunion. Les points de vue sont convergents: le 3ème mandat risque de causer beaucoup de torts à la nation en général et au Parti en particulier. Nous décidons de briser le silence en clarifiant sans faux fuyants cette position. Après cette séance, nous sommes allés, Pie et moi voir l’honorable Sheik Mohammed Rukara, Vice-Président du Conseil de Sages à son domicile. La vision était la même: “surtout pas écrire au Président mais plutôt lui parler ouvertement” Le soir, avant d’aller dans la réunion, NTAVYOHANYUMA, NTISEZERANA, NSANZE Augustin et Jérémie NGENDAKUMANA viennent chez moi pour une harmonisation des interventions.

Gervais Rufyikiri "Nkurunziza nous a nous traité d’ingrats à l’égard du CNDD-FDD auquel il a tendance à se substituer. Ensuite il nous a dit que nous n’avons rien compris et que si nous ne changions pas, nous allions le payer cher. "

Gervais Rufyikiri “Nkurunziza nous a traités d’ingrats à l’égard du CNDD-FDD auquel il a tendance à se substituer. Ensuite il nous a dit que nous n’avons rien compris et que si nous ne changions pas, nous allions le payer cher. “

Officiellement, à l’ordre du jour figurait l’analyse du programme de campagne du CNDD-FDD. Le Président du Parti présentant ce point de manière sommaire. Quand l’honorable RUKARA a pris la parole, il a tout de suite introduit la question du 3ème mandat. Impossible d’y échapper le débat était déjà ouvert. La Réunion du Conseil de Sages avait vu la participation du bureau du Parti (NYABENDA, BURIKUKIYE et NTAKARUTIMANA) et d’autres invités du Président, (sur base de quels critères, on ne le sait pas) comme Gélase NDABIRABE, Zénon NDARUVUKANYE, Lazare MVUYEKURE et Laurent NICIMBESHE (YUHUYUHU). La parole est donnée à tout le monde à tour de rôle. A part les invités particuliers du Président de la République qui ne partageaient pas les inquiétudes, les autres membres ont exprimé le souci sur les conséquences néfastes de ce 3ème mandat, les inquiétudes sur la gestion future des contestataires par la Police Nationale et les réactions de nos partenaires de la communauté internationale. Le CNDD-FDD devrait voir autrement la question de cette candidature: telle fut la conclusion de chacun. Les autres membres de droit à savoir BAREKEBAVUGE Alexis et RURAHINDA Bénigne gardent le silence sur le sujet, Déo BUSUGURU et Léonce NDARUBAGIYE étaient absents. Quant aux invités, NYABENDA aborde dans le sens contre le 3ème mandat, ses 2 vice-présidents restent silencieux, les autres s’expriment plutôt pour le mandat. Le moment du Président du Conseil de Sages et Président de la République de parler et de conclure. Sa réaction est surprenante: D’abord il décide le limogeage de NDUWIMANA Onésime au poste de porte-parole du Parti, puis, au lieu de nous faire des observations objectives, NKURUNZIZA nous injurie: Dans un monologue long et accablant, il nous traite d’ingrat à l’égard du Parti auquel il a tendance à se substituer. Ensuite il nous dit que nous n’avons rien compris et que si nous ne changions pas, nous allions le payer cher. Pour conclure, il décida de prier pour nous et cette prière dura au moins une demi-heure. Ainsi prit fin la réunion”.

La journée du 20 mars 2015 est surchargée des coups de fil et on s’échange des messages pour demander si les tractations de convaincre la clique de NKURUNZIZA Pierre ont abouti à quelque chose. Constat négatif, il faut passer à la vitesse supérieure. Onésime NDUWIMANA  nous fait le point:

“Le soir, un bon nombre de cadres du Parti se réunissent dans mon bureau à la SOCABU (Société d’Assurance du Burundi). Nous faisons tout pour ne pas être remarqués ni par les services secrets du pays, ni par la garde de la SOCABU. Nous lisons et corrigeons le document à signer après avoir élagué les ajouts de Pascal BARANDAGIYE

Pascal Barandagiye, l’homme qui était farouchement contre le 3ème mandat. Actuellement ministre de l’intérieur chargé de formater les burundais et les rendre dociles à la volonté de son employeur Nkurunziza

Pascal Barandagiye, l’homme qui était farouchement contre le 3ème mandat. Actuellement ministre de l’intérieur chargé de formater les burundais et les rendre dociles à la volonté de son employeur Nkurunziza

qui, dans une sorte d’avis, avait plutôt ajouté des paragraphes durs. Nous voulions un message simple, concis, clair et surtout courtois; juste une exhortation à ce que Pierre NKURUNZIZA reconsidère sa volonté de briguer le 3ème mandat au regard des conséquences néfastes sur le pays et sur sa personnalité même, portant de l’ombre sur ses bonnes réalisations à la Nation. Mais aussi et surtout, selon le langage des pro-mandats, éviter de donner un prétexte gratuit aux effrayés des élections. Sur place, une dizaine de cadres signent et en sortant je prends le volant d’une petite voiture non protocolaire (igenda irata amapiyesi = qui perd les pièces en chemin). HATUNGIMANA Léonidas est à mes côtés dans ce camouflage. Nous circulons en ville de Bujumbura pour trouver d’autres cadres qui veulent signer. C’est Anselme NYANDWI et Kanyange Geneviève.  Il est vers minuit, nous nous arrêtons au restaurant bar Eden du Lac où nous avons rendez-vous avec Denis KARERA, président officiel de la Ligue des jeunes IMBONERAKURE. Officiel oui, car lui aussi disait qu’il ne maîtrisait plus le circuit de commandement de ces derniers. Mais au lieu de signer, il nous dit que c’est mieux qu’il signe avec les 14 autres membres du Comité National de cette ligue qui partagent la même opinion que lui sur cette affaire, nous assure-t-il. Vrai ou faux, on ne le saura jamais mais ces signatures n’ont jamais été apposées sur ce document.”

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Denis Karera, le patron des imbonerakure qui sèment la mort et la désolation dans le pays. Un jour, il devra répondre devant la justice sans prétexte de ne pas maîtriser la chaîne de commandement de cette milice dont il est l’un des commandants.

Les délégués provinciaux partent la même nuit, d’autres le lendemain pour recueillir les signatures dans les provinces. A CANKUZO par exemple, tout se passe la même nuit alors que le lendemain, à BUBANZA, le frondeur NYANDWI Anselme, alors Gouverneur de la province d’où provient NYABENDA Pascal est coincé car, un soi-disant frondeur a photocopié le document et l’a donné au personnel du protocole de NYABENDA Pascal qui alerta à son tour NKURUNZIZA Pierre. Dans entre-temps, par soucis de collaboration avec le monde de journalistes, on commet l’erreur de rendre publique trop tôt le document et les médias qui en relayent l’information créent l’alerte de l’administration publique et du parti, la police, les Services de renseignement dans les provinces. Ils surveilleront tout rassemblement, tout mouvement de ceux déjà cités sur la 1ère liste. Nous sommes alors appelés à la prudence, surtout ne pas mettre la vie des signataires en danger. Ceux qui n’avaient pas encore signé paniquent mais nous continuons notre action de façon modérée et avec prudence. En moins d’une semaine, au moins 175 signatures des cadres sont recueillies ».

Rappelons que le 4 mars 2015, une réunion des cadres du parti avait eu lieu l’après-midi dans la permanence nationale du CNDD-FDD. La salle était pleine à craquer! En usant des tournures de la langue maternelle, le KIRUNDI, des prières fantaisistes et des chansons, la direction du parti tenta de nous convaincre que tout était bien planifié pour la candidature de NKURUNZIZA. HATUNGIMANA Léonidas, usant le même langage que ses prédécesseurs, compara le 3ème mandat à des grains d’éleusines renversés dans le tournant surnommé kurya Bururi de la route KAYANZA-NGOZI, qu’un chauffeur responsable d’un camion remorqueur (comparé au CNDD-FDD) constate. Il freine, enlève l’obstacle (3ème mandat) et avance victorieusement. Ou bien si l’obstacle est l’huile versée en route, il contourne l’obstacle et prend l’autre chemin. En effet, l’obstacle semble petit mais est de nature à faire dégringoler un si grand engin. Des flèches en feu sont tirées à l’endroit de HATUNGIMANA Léonidas surtout par Révérien NDIKURIYO, Lazare MVUYEKURE et Gélase NDABIRABE alors que l’assistance avait plutôt applaudi son opinion”.

Et clairement pourquoi ces cadres du CNDD-FDD ont-ils choisi de fronder? HATUNGIMANA Léonidas, ex Porte-parole du Président de la République et actuel Président du Parti PPD-GIRIJAMBO nous explique:

“Quatre raisons essentielles ont milité en faveur de cette fronde:

  1. L’illégalité du mandat. Que ce soit la logique, les textes fondamentaux comme l’Accord d’ARUSHA et la Constitution dans leur lettre et esprit, tout est clair, ce 3ème mandat est illégal.
  2. L’illégitimité du mandat: le retour de NKURUNZIZA signifiait aussi le retour de sa clique avec laquelle il dirigeait le pays, le plongeant dans le gouffre. Il n’y avait pas donc pour nous, à nos yeux, une valeur ajoutée à vouloir reconduire la même équipe
  3. La projection de la clique de NKURUNZIZA dans la gestion des mouvements contestataires: Il était clair, dans leur langage, que le sang allait être versé. Nous n’avons pas voulu cautionner cela et avons choisi être du côté de la victime plutôt qu’être du côté du bourreau
  4. Une naïveté positiviste: Nous croyions que NKURUNZIZA, en voyant le nombre imposant des cadres signataires,  allait prendre conscience et éviter de prendre la décision lourde des conséquences négatives sur le pays. Ainsi, il aurait préservé le peuple burundais de ce que nous craignions: une crise sociale, politique, sécuritaire et économique sans nom».

Prochaine et dernière publication de la série: Le congrès du CNDD-FDD valide la candidature illégale de Nkurunziza. Entre-temps la purge bat son plein.

La Rédaction de Girijambo.info

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