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Rwanda: Le Général Emmanuel Karenzi Karake rattrapé par son passé


Outélé KEITA, Le PaysBF, 22 Juin 2015. Depuis le samedi 20 juin dernier, Emmanuel Karenzi Karake dit « KK », le chef des services de renseignement rwandais, est aux mains de la police britannique. Il a été arrêté par la police londonienne en vertu de mandats d’arrêt internationaux émis depuis 2008 par l’Espagne contre lui  et une quarantaine d’autres personnalités. Il sont accusés de nombreux crimes commis  au Rwanda et en RDC  pendant et après 1994.  Parmi les victimes de ces massacres figurent trois membres espagnols d’une association humanitaire.

Pour des faits qui se sont passés il y a une vingtaine d’années, l’on peut dire que « KK » a été rattrapé par son passé.  Et quand on connaît l’enfer qu’ont vécu les populations de cette partie de l’Afrique pendant ces années de braise du génocide rwandais, l’on ne peut que se féliciter d’une telle action de la Justice européenne,  pour situer les responsabilités afin d’éviter toute  impunité   pour toutes ces victimes dont les familles attendent de savoir qui est responsable de la mort de leurs proches. Même si tout porte à croire que c’est en raison de l’assassinat des trois ressortissants espagnols surtout, que l’Espagne  garde une rancune tenace contre le prévenu de Kigali. Cela est, du reste,  compréhensible car l’Europe a suffisamment fait la preuve que la vie de ses compatriotes ne compte pas pour du beurre. Elle met un point d’honneur à réagir de façon énergique, chaque fois que l’on touche à un seul cheveu d’un de ses fils ou filles, quelle que soit la durée,  et à n’importe quel endroit de la planète. Cela, on ne peut pas le lui reprocher. Au contraire. Mais qui pour demander justice pour ces nombreux Africains  massacrés sans état d’âme par leurs dirigeants, des satrapes prêts à marcher sur des milliers de cadavres de leurs compatriotes, rien que pour assouvir leurs ambitions personnelles, comme c’est actuellement le cas de Pierre Nkurunziza au Burundi? De plus, les Africains ont la fâcheuse tendance à croire que le temps les absout de leurs crimes.

Tant qu’il y aura des génocidaires sur le continent, de tels instruments judiciaires seront salutaires pour l’Afrique

Autrement, l’on se demande ce que le chef des services de renseignement rwandais est allé chercher dans cette galère londonienne, sans s’être au préalable suffisamment renseigné sur les risques qu’il encourait en empruntant une telle destination. Surtout qu’il était au courant de l’existence de la procédure espagnole qui lui avait, du reste, coûté son poste de commandant adjoint de la MINUAD, la force hybride de l’Union africaine et de l’ONU au Soudan, en 2009.  Son mentor, Paul Kagamé, aurait-il eu des garanties au préalable ? Est-ce une mauvaise appréciation de la situation ? Quoi qu’il en soit, cette action de la police britannique vient une fois de plus confirmer que l’Europe n’est pas l’Afrique et que Londres n’est pas Pretoria où le président soudanais, Omar El Béchir, s’est rendu récemment, à la faveur du XXVe sommet de l’Union africaine (UA) et a bénéficié de la complicité des autorités sud-africaines qui ont refusé de l’arrêter pour le remettre à la Cour pénale internationale (CPI). En attendant de savoir le sort qui sera réservé à Karenzi Karake, il faut déjà saluer cette action de la Justice londonienne, même si elle est  à l’origine d’une brouille diplomatique entre Kigali et Londres. Une action qui permet d’espérer qu’il n’y aura pas d’impunité sur toute la ligne pour des criminels qui se seraient rendus coupables  d’exactions sur des populations innocentes et qui se la coulent douce parce qu’ils se sont mis du côté et au service des princes régnants.

Aussi au lieu de monter sur ses ergots, Kigali gagnerait-elle à laisser la procédure aller à son terme pour savoir si oui ou non « KK » est coupable des faits qui lui sont reprochés.   A moins qu’il ne voie derrière cette arrestation d’un membre-clé de son appareil sécuritaire, une façon de lui chercher noise au moment où le mystère se fait de moins en moins épais sur sa volonté de briguer un troisième mandat à la tête de son pays, au terme du dernier que lui autorise la Constitution actuelle en  2017.

En tout état de cause, tant qu’il y aura des génocidaires et autres criminels   en liberté sur le continent, de tels instruments judiciaires, à l’image de la CPI, seront salutaires pour l’Afrique ; n’en déplaise à tous ces chefs d’Etat africains   prompts à monter sur leurs grands chevaux, alors qu’ils sont les premiers bourreaux de leur  peuple qu’ils sont pourtant censés défendre.

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