africanianews@gmail.com Monday - Nov 20, 2017

Tchad: Frappes aériennes contre Boko Haram ou quand Deby réagit en fauve blessé


Dabadi Zoumbara, La Pays-BF, 19 Juin 2015.  Blessé dans son orgueil, le président tchadien, Idriss Deby, n’a pas tardé à apporter la riposte. Et pour ce faire, il n’a pas fait dans la dentelle. Il a mené des frappes aériennes contre des positions de Boko Haram qu’il soupçonne d’être derrière le récent double attentat perpétré à N’djaména. En envoyant cette réponse musclée à la nébuleuse, Idriss Deby Itno réagit en fauve blessé. Mieux, il prouve qu’on ne s’attaque pas à un lion sans en payer le prix fort. En vérité, la rapidité avec laquelle le Tchad a réagi est le signe que son armée reste toujours opérationnelle, en dépit des différentes campagnes qu’elle a menées. Elle montre que le Tchad a les moyens humains, matériels et logistiques pour faire très mal à son ennemi.  Et Boko Haram devrait se tenir tranquille car il n’a pas affaire à une armée de poltrons, mais plutôt à une armée de guerriers redoutables. Du reste, cette prompte réaction du Tchad pourrait aussi signifier que le général Deby sait, comme il l’avait clamé haut et fort, où se terrent Shekau et ses hommes. Ce faisant, il ne serait pas exagéré de dire que l’armée tchadienne, déjà  à elle seule, peut faire très peur à Boko Haram.

Pour peu que les services de renseignements tchadiens soient plus actifs et que l’armée bénéficie de la pleine et entière collaboration des voisins immédiats, notamment le Nigeria, le Cameroun et le Niger, elle mettra définitivement fin aux ambitions maléfiques de Abubakar Shekau.

L’appui des Occidentaux à travers  les renseignements, notamment, peut aussi faire l’affaire. L’armée tchadienne qui a prouvé plus d’une fois sa capacité à faire face aux djihadistes de tous poils, peut aller très loin dans sa croisade contre la secte si elle bénéficie du soutien qu’il faut.  On se rappelle encore ses hauts faits d’armes dans les Ifoghas au Nord-Mali. C’est une armée couverte de lauriers car ne reculant devant aucun danger. Et ce n’est pas Boko Haram qui pourra lui donner du fil à retordre.

Il faut, du reste, souhaiter que le Tchad multiplie ce genre d’opérations. Il ne faut pas donner du répit à ce monstre qui se repaît à longueur de journée du sang d’innocentes personnes.

La lutte contre la secte ne devrait pas servir d’alibi à Deby pour régner ad vitam aeternamsur le Tchad

Cela dit, en plus des frappes aériennes contre les fous d’Allah, qui ne manqueront certainement pas de les affaiblir, Idriss Deby Itno a pris une batterie de mesures pour mieux sécuriser son pays. Parmi celles-ci, l’interdiction du port de la burqa. Instruction a, par ailleurs, été donnée aux forces de sécurité, d’entrer dans les marchés et de retirer toutes les burqas. Et toute personne qui enfreindra ces mesures sera arrêtée, jugée et condamnée. Prendre de telles décisions dans ce pays fortement islamisé, de surcroît en plein ramadan, relève du courage. Le port de la burqa, on le sait, est si ancré dans les habitudes des femmes tchadiennes, que le leur interdire ne manquera certainement pas de susciter des réactions.  Mais face au péril islamiste, le jeu en vaut bien la chandelle. D’ailleurs, comme on le dit, entre deux maux, il faut choisir le moindre.

Certes, les leaders religieux ont été invités à beaucoup communiquer sur les nouvelles mesures de sécurité dans les lieux de culte. Mais

cela peut ne pas suffire à amener tous les fidèles à y adhérer. Il serait par conséquent bon que l’Etat tchadien lui-même mène une vaste campagne de sensibilisation sur ces mesures de sécurité.

Cela dit, il faut craindre qu’au nom de la lutte contre Boko Haram, l’Etat tchadien ne se livre à une violation des droits de l’Homme. Une éventuelle violation des libertés individuelles et collectives n’est pas à exclure, du fait de l’état de la démocratie au Tchad. En tout état de cause, la lutte contre la secte ne devrait pas servir d’alibi à Deby pour régner ad vitam aeternam sur le Tchad.Car, on le sait, en Afrique, les dictateurs ont l’ingénieuse idée de se servir des menaces extérieures pour prendre des mesures liberticides contre leur opposition et prolonger leur bail à la tête de l’Etat. Au nom de la lutte contre Boko Haram, Paul Biya avait tenté d’empêcher tout rassemblement public au Cameroun, y compris ceux de l’opposition. C’est dire que l’opposition tchadienne doit ouvrir l’œil et le bon.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *