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Cheminement d’une recherche-action dans le champ des énergies renouvelables et du développement rural africain


Cette publication est une sorte de chronogramme, un descriptif des étapes de construction d’un cheminement novateur pour l’énergie rurale en Afrique subsaharienne. C’est un processus qui dure depuis aujourd’hui 10 ans. Sa phase de gestation a été assez longue parce que le changement attendu est celui du regard, de la vision et des comportements des acteurs fortement enracinés dans des systèmes de développement, mis en place au cours de plus du demi-siècle depuis les indépendances africaines.

Origine et formulation du projet de recherche

Ce papier est une sorte de chronogramme, un descriptif des étapes de construction d’un cheminement novateur pour l’énergie rurale en Afrique subsaharienne. C’est un processus qui dure depuis aujourd’hui 10 ans. Sa phase de gestation a été assez longue parce que le changement attendu est celui du regard, de la vision et des comportements des acteurs fortement enracinés dans des systèmes de développement, mis en place au cours de plus du demi-siècle depuis les indépendances africaines.

Origine et formulation du projet de recherche

Prenant part à une rencontre sur l’aide au développement et la nécessite d’un certain changement de vision, j’ai agréablement entendu un orateur de Belgique faire cette citation : “ce qui fait avancer le monde, c’est l’Utopie…. ce qui fait la force, c’est croire à l’utopie, c’est croire que ce qui n’est pas possible aujourd’hui peut l’être demain…”. Il n’y a pas mieux pour traduire l’esprit qui a soutenu les étapes du projet de recherche ici en description comme un “témoignage”. En effet, en formation complémentaire dans le domaine de “développement – environnement et société”, l’auteur prenait part à un séminaire sur le changement climatique 1 et l’animateur principal, à la fin de ce cours, avait (sans le savoir) suscité des questionnements et un rêve dans la tête d’une étudiante africaine. Il avait convaincu qu’individuellement ou collectivement, on pouvait agir localement pour un impact global. La question et les questions étaient alors autour de “comment ?”.

Comme tout bon Africain qui se définit dans le croisement du réel et de l’irréel, du matériel et de l’immatériel ou simplement de l’humain et du divin, les questionnements qui tournent dans une tête et dans un corps nourri par les deux facettes de la nature, rendent attentif ce que les plus rationnels appelleront “logique” et les plus irrationnels “des signes du destin”2.

Dans la partie logique de la prise de conscience, l’étudiante reste attentive aux éléments et séminaires sur les changements climatiques, les actions pour la réduction des GAS3, les énergies renouvelables, etc. et comment ou en quoi chacun de ses éléments pourra l’aider à construire une action locale auto- entretenue, donc durable, dans une perspective globale.

Dans sa partie “illogique”, les rencontres et partages comme ceux dans le groupe “solidarity economy” au niveau de l’université de Kassel, les circonstances de la vie, la joie ou la sérénité qui accompagnera intuitivement chacune des circonstances constructives, documentera ou permettra de capitaliser les éléments d’édification, mais aussi toutes sortes de leçons dans le processus. C’est tout cela qui, au fil des ans et progressivement, a permis la mise en place d’une organisation sociale locale d’autopromotion pour les énergies renouvelables en milieu rural.

Étapes successives

En 2002, mue donc par tout ce qui précède, l’étudiante, dans sa logique de vouloir faire quelque chose localement pour un impact global, choisit une thématique de travail en fin d’un stage de formation qui pose les bases de sa future histoire de projet social et de projet de vie. Ce travail sur “L’énergie solaire dans la province de l’Extrême -Nord du Cameroun”, part des constats des développements de cette ressource en Afrique de l’ouest pour étudier “La situation et les perspectives de sa promotion pour le développement des activités socio-économiques” au Nord- Cameroun.

En 2003, commence une première phase des enquêtes de terrain sur les problématiques énergétiques en milieu rural camerounais. Celles-ci sont conduites auprès de quatre groupes d’acteurs des différentes formes de l’énergie solaire dans toute la région. Il s’agit des utilisateurs, des groupes spécifiques et socioprofessionnels comme les agriculteurs, les éleveurs, les femmes, etc., les potentiels vulgarisateurs et les fournisseurs (un au moment de l’enquête, plusieurs en ce jour).

En 2004, la finalisation du rapport de formation débouche sur la formulation d’un sujet de thèse dans la continuité du premier travail. La thèse en tant que telle n’est pas la finalité de l’initiative. Elle est l’indispensable passage pour d’abord montrer le rôle d’intermédiation indispensable des académiques “sensibilisés” et eux-mêmes “transformés”, pour un autre modèle d’enseignement pour les générations futures. Elle est ensuite le démarrage d’un discours de démystification de la science et de la technologie qui ne doivent pas être vues comme une fin en soi, mais un moyen qui place en permanence l’humain au centre de ses actions. Pour ce travail, il fallait, en valorisant les résultats, rappeler à l’ingénieur en général et l’ingénieur africain en particulier, son engagement tacite comme Africain pour l’Afrique. Le sensibiliser aussi comme les académiques, en le poussant moralement à ne pas oublier de joindre au blouson actuel de ses actions et enseignements, celui des “vis” et “tournevis” dans les mains et sur le terrain réel avec les jeunes qui ont besoin de leur perfusion non seulement de savoir, mais surtout de savoir-faire dans tous les secteurs. C’est pourquoi cette thèse sociologique sur un domaine technique s’est focalisée sur l’analyse de comportement de tous les types d’acteurs dans les champs de l’innovation et de la promotion des technologies pour le développement. Elle a tenté de mettre le doigt sur un terrain vierge (à l époque), un des problèmes dont les ingénieurs et les scientifiques sont conscients, qu’il est un des maillons faibles de leurs travaux. Ce problème, c’est la faible intégration des approches interdisciplinaires et organisationnelles dans les projets technologiques, lesquels sont aussi indispensables que le financier et la technique pour les projets de développement. Cette faiblesse ou ce manquement a toujours faussé l’appropriation des travaux techniques et technologiques depuis plus d’un demi- siècle, lesquels travaux guident les modèles de développement en Afrique. Nul n’ignore que ces modèles ont apporté plus de problèmes que de solutions durables pour l’Afrique, mais un proverbe dit qu’”il n est jamais trop tard pour changer”(en bien).

À partir de 2005, de nombreuses actions de sensibilisation à tous les niveaux (local, national, sous-régional, international) ont eu lieu, auprès des acteurs institutionnels, les universités, les politiques, les privés, les communes rurales et dans les villages auprès de différents groupes socio économiques, les ONG, les jeunes, les femmes, etc. Cela a occasionné des invitations et la participation de la promotrice à de nombreuses rencontres, visites des projets “énergie”, des échanges au niveau international et dans tous les continents.

Cette mobilisation a été facilitée, entre mars 2005 et mars 2007, par une première convention de collaboration interuniversitaire, soutenue par l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) autour du travail de thèse. L’AUF a supporté les déplacements de terrain, les séminaires, ateliers avec des groupes spécifiques, notamment les plus vulnérables comme les femmes et les jeunes, des enquêtes complémentaires de terrain et surtout l’achat de matériel de travail lors de ces rencontres (un ordinateur de travail, un appareil photo et d’imagerie, un vidéo projecteur, des outils de stockage de données, etc.).

La spécificité de la convention avec l’AUF était d’avoir relevé le défi de mettre ensemble des institutions Nord-Sud (Europe-Cameroun), puis, Nord-Nord (Allemagne-Belgique-France), et Sud-Sud (Cameroun, Benin, etc.). Cette spécificité fera lentement, mais progressivement son chemin à travers la participation de la doctorante aux travaux d’un groupe international de son université d’accueil : le groupe d’économie solidaire du département des politiques des pays en développement de la faculté de sociologie à l’université de Kassel en Allemagne, mais parallèlement en partage avec les séminaires permanents des doctorants ingénieurs en efficacité, économie et rationalité énergétiques de la même institution. Cette hybridation de parrainage est une caractéristique de ce travail de recherche appliquée dès son début et dont le leitmotiv reste de mettre ensemble des acteurs du système à tous les niveaux concernés de près ou de loin par les problématiques inventoriées dans le projet de recherche. Cette initiative se fera à travers des rencontres organisées bilatéralement ou multilatéralement avec ces acteurs. C’est aussi en l’occurrence via des journées d’expositions, s’accompagnant de concertations populaires, etc.

En 2006, les ramifications de ces actions multi-domaines soulèvent le questionnement du statut juridique. Les acteurs associés ne savent pas domicilier l’initiative dans sa logique sans la phagocyter ; ils ne savent pas non plus la greffer à leurs actions et à leur logique sans en être impliqués ou transformés. La seule alternative était une autonomie statutaire, de procédure en procédure. Août 2006 marque la naissance ou la reconnaissance juridique de la première antenne africaine de ce qu’on nomme alors Forum des Énergies Renouvelables pour le Développement Durable et par la Solidarité Internationale (FERDEDSI). Le siège est alors au Cameroun (Afrique Centrale) où la majorité des actions populaires a eu lieu. Elle fonctionne sous la loi régissant les associations au Cameroun.

En 2007, le développement des échanges et la recherche plus structurée des partenaires et de divers appuis forcent la seconde antenne qui voit juridiquement le jour en Europe sous la loi belge des associations sans but lucratif.

Avec l’appui de l’Université de Kassel et des associés allemands, ce parcours est enrichi par de nouvelles expériences dont la visite des incubations d’entreprises et d’économie populaire italienne, l’étude de celle d’Espagne et d’Amérique latine et un travail de terrain dans une communauté rurale gambienne en Afrique de l’Ouest.

En 2008, l’analyse approfondie de ces actions, les similitudes des problématiques africaines et les références des économies alternatives fondées sur la théorie des incubations, des initiatives d’économie sociale et solidaire, appliquées dans le champ des énergies renouvelables pour le milieu rural africain, soutiennent le fondement de la thèse soutenue en novembre de cette année sous le titre “Énergies durables pour le développement rural en Afrique subsaharienne : approche interdisciplinaire et défi organisationnel”. À de cette occasion, l’université de Kassel qui parraine ces travaux, organise son colloque annuel axé pour la première fois sur 3 continents avec l’introduction de la page africaine.

En 2009, la fin de la thèse marque une certaine fin de la tutelle et de l’ancrage universitaire pour les actions de terrain ; l’autonomie des FERDEDSI reprend la relève institutionnelle. Leur première convention internationale donne la chance de commencer sur deux années la mise en application des discours populaires et des théories développées dans le rapport de thèse, notamment le concept de l’économie solidaire à la latino-américaine fondée sur l’incubation des initiatives. Ici l’incubation des initiatives énergétiques.

Pour les premières expérimentations, démonstrations, projets pilotes, etc, les technologies identifiées sont les kits solaires et la toute petite hydroélectricité à partir d’un site d’un dénivelé de l’ordre d’un mètre et un générateur de 500 watt. C’est le système pico-hydroélectricité. L’installation du premier système pico hydro, depuis lors jusqu’à ce jour, se présente comme un vrai chantier d’apprentissage, entre les lettrés et les illettrés, les universitaires et les ingénieux techniciens locaux, les responsables publics du secteur et les autorités locales et en ce moment des négociations de collaboration entre institutions internationales dans une perspective de démultiplication des initiatives et actions populaires locales.

À partir de 2010, un nouveau type de convention voit le jour entre les FERDESI et les universités (nationales au Cameroun et internationales dont jusqu’ici Canada, Belgique, Allemagne, programme interuniversitaire France – Cameroun). Il s’agit des conventions de stages académiques de 1 à 3 mois sur des thématiques répondant aux préoccupations réelles et pratiques dans la démarche au sein de FERDEDSI. Le rapport de stage est alors à la fois un rapport académique pour l’étudiant et une sorte de repère pour élaborer les feuilles de route en perpétuel ajustement au sein de FERDEDSI, qu’on adapte aux structures et règles alignées sur les réalités. Depuis le démarrage en 2010, FERDEDSI, suivant sa capacité d’accueil du moment, reçoit deux étudiants maximum par période. Des mesures sont en réflexion pour augmenter cette capacité au regard des demandes croissantes des étudiants tant du Nord que du Sud qui y trouvent un terrain d’apprentissage pratique, un laboratoire sur le réel.

En 2011 et 2012, de nombreux systèmes de kits, lanternes et chargeurs téléphoniques solaires sont vulgarisés dans les villages des communes rurales de Kouoptamo et de Massangam dans le département du Noun dans la région de l’ouest Cameroun. Ce département devient un espace pilote des actions de terrain de FERDEDSI.

Fin 2011, ces actions et le cheminement des FERDEDSI retiennent l’attention du jury de sélection des prix de la fondation française Poweo qui travaille sur l’énergie pour les pauvres. FERDEDSI avec sa fondatrice sont ainsi lauréats d’un prix international. La remise, prévue à Paris en octobre 2012, donne l’opportunité à FERDEDSI de lancer ses journées internationales de concertation avec la diaspora africaine en Europe pour le soutien et/ou l’engagement dans les initiatives énergétiques pour l’Afrique rurale.

La même année, un réseau africain pour le solaire est créé et FERDEDSI mobilise les acteurs tant au sud qu’au nord et entraîne en Afrique les premières organisations de la société civile européenne qui s’associe à ce processus expérimental : il s’agit de la famille des Ingénieurs sans frontière (ISF) tant de Belgique que d’Allemagne des villes focales européennes pour FERDEDSI (Kassel, Bruxelles et Paris). ISF Belgique y met toute sa capacité de volontaires et chemine dans une intense collaboration sur une année avec FERDEDSI avant d’être freiné dans son élan par un manque de financement.

Les nouveaux associés, en plus des ISF, sont des entreprises qui sont disposées à se tourner vers le marché africain de l’énergie décentralisée. FERDEDSI s’allie et échange avec elles pour essayer d’influer dans sa logique de faire autrement, de sensibiliser les nouveaux acteurs du nouveau champ de développement, à adopter une vision qui perpétue une vraie appropriation des nouvelles techniques et technologies. FERDEDSI cherche à devancer sur de nombreux angles pour préparer le terrain. C’est ainsi que les rencontres de concertation avec la diaspora seront de vraies journées interdisciplinaires et intersectorielles où chacun trouve sa place ou peut s’en créer. L’Afrique a besoin de toutes ses lumières pour sortir de l’ombre, de l’obscurité, de la déroute de sa croisée de chemin.

Ainsi la première rencontre avec les organisations de la diaspora africaine, à Paris, en octobre 2012, portait, sur l’énergie, la culture et l’éducation. La seconde, le 9 février à Bruxelles, portait sur l’eau, l’énergie comme priorités de développement en Afrique, qu’il faut centrer par l’orientation des systèmes éducatifs vers le pragmatisme et le professionnalisme. Le 9 mars 2013 à Namur, toujours centrées sur l’énergie, les journées de concertation mettent en exergue la place et le rôle de la femme dans tout ce processus à partir des bases de la culture africaine et du rôle central des femmes et des jeunes.

Avril 2013 au Cameroun : remise solennelle des premières attestations de formation pratique et dépôt auprès des administrations autorisées d’un dossier de création d’un Institut Populaire pour l’Eau et l’Énergie décentralisée pour l’Afrique rurale. La formulation d’un programme pratique des formations des jeunes et la stimulation des clubs jeunes et énergies proviennent des petits projets communs avec les organisations locales. Cela interpelle quant à la professionnalisation et à la reconnaissance des curricula plus adaptés aux problématiques africaines, dans le cas présent les formes dans le secteur de l’énergie, etc.
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1 Prof Jean-Pascal VAN YPERSELE, cours SPED3300, UCL_ 2002,
2 Mais en fait dans le champ de la bataille perpétuelle entre les deux mondes, les humains ou hommes des sciences dans leurs approches exclusives, ont longtemps mené et mènent encore ces guerres insensées, ne réalisant pas qu’ils portent
simplement des lunettes différentes pour décrire les mêmes réalités. Mais les guerres, la dégradation de la nature et les dépravations multiformes ramènent l’esprit humain au questionnement du monde village à travers un peu plus d’équité, de justice et forcément l’indispensable besoin de dialogue, celui de l’interdisciplinarité (dynamique, pas statique).
3 Gaz à effet de serre.

 

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